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Melancholia
- Où
vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
- Ces
doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit ?
- Ces
filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
- Ils
s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
- Ils
vont, de l'aube au soir, faire éternellement
- Dans
la même prison le même mouvement.
- Accroupis
sous les dents d'une machine sombre,
- Monstre
hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
- Innocents
dans un bagne, anges dans un enfer,
- Ils
travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
- Jamais
on ne s'arrête et jamais on ne joue.
- Aussi
quelle pâleur! la cendre est sur leur joue.
- Il fait
à peine jour, ils sont déjà bien las
- Ils
ne comprennent rien à leur destin, hélas !
- Ils
semblent dire à Dieu : "Petits comme nous sommes,
- Notre
père, voyez ce que nous font les hommes !"
- O servitude
infâme imposée à l'enfant !
- Rachitisme!
travail dont le souffle étouffant
- Défait
ce qu'a fait Dieu ; qui tue, oeuvre insensée,
- La beauté
sur les fronts, dans les coeurs la pensée,
- Et qui
ferait - c'est là son fruit le plus crétin
!-
- D'Apollon
un bossu, de Voltaire un crétin !
- Travail
mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
- Qui
produit la richesse en créant la misère,
- Qui
se sert d'un enfant ainsi que d'un outil.
Victor
Hugo (1802-1885), Les
Contemplations
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